Secte, Dogme & Rock n' roll

 

Une fois n'est pas coutume... L'article que nous vous proposons est sous 'X', non pas que son auteur en renie la paternité/maternité, mais simplement parcequ'au détour de ce qu'il pointe, la discretion m'apparaît quelque peu nécessaire. Toutefois le partage de ce témoignage est particulièrement intéressant. Mon positionnement ayant été clair depuis le début, il y a longtemps que les menaces et insultes des zélotes et Qiniim m'indiffèrent ...

 

François GEUZE

Lorsque Isaac Getz proclame que l’entreprise libérée est avant tout une philosophie, il pointe du doigt l’exacte réalité de ce type de modèle : une rupture évidente dans les fonctionnements des comportements par l’adhésion à une forme de « lâcher-prise », une mise à plat des croyances personnelles, de la culture, des différences. Que chacun laisse à la porte de l’entreprise ce qui le définit, pour faire sienne, la « philosophie" des leaders charismatiques. L’entreprise libérée gomme les aspérités pour constituer une masse relativement informe et déstructurée, calquée sur un modèle unique, celui de l’application stricte des procédures et d’une dévotion à la religion du Lean… Par conséquent, lorsque tu rentres dans une entreprise libérée, tu dois automatiquement adhérer aux valeurs, à l’esprit (beaucoup plus qu’au secteur d’activité, ou même au fait de venir chercher un salaire), et au nom de ces principes, tu te libères de ton expertise en la traduisant (tant bien que mal) en une procédure offerte à la communauté. Ton expertise n’est plus tienne, tu deviens par tacite acceptation un "des-expertisé » et glorifie ton entreprise libérée par ce sacrifice premier. 

Le drame, que dis-je, l'imposture de l’entreprise libérée, c’est qu’elle se proclame « philosophique" et non pas sociale ou économique.

L’entreprise libérée construit son modèle sur la polyvalence, tout le monde a son mot à dire sur tout… tout le monde est invité à prendre une initiative sur tous les sujets… Tout le monde se croit expert de tout.. en toute humilité bien sûr, ceci dit, ceux qui maîtrisaient réellement cette expertise ont été éjectés par la masse, comme une greffe qui n’a pas pris.

Cette dérive sectaire s’illustre sur plusieurs points :

  1. la rhétorique, précise, basée sur des concepts de peur ("si nous ne changeons pas, alors nous mourrons") et d’injustice ou d’iniquité, des concepts ésotériques, des idées culpabilisantes (si tu n’adhères pas, c’est qu’il te manque une bonne dose de maturité). Ce discours est au fond très infantilisant puisque l’on ne se parle qu’entre « adultes suffisamment mûrs » - il n’y a que les Grands qui comprennent. Cela constitue le fondement d’une manipulation mentale proférée par des dirigeants d’entreprises et quelques (très nombreux ceux-là) consultants/coach en mal de véritable posture. En cela je rejoins les récentes réflexions sur l’imposture des entreprises libérées (Vincent Berthelot - François GEUZE - Etc...) et le récent article de Pierre DENIER sur "Ces consultants qui cassent du manager"
  2. l’isolement, malgré la formidable exposition médiatique. Rien ne sort de l’entreprise libérée en dehors d’un contrôle des pairs… C’est une entreprise repliée sur elle-même, contre les autres, contre ceux qui n’adhèrent pas aux valeurs défendues. Que connait on de l’entreprise libérée à part ce lancinant message de joie..? Que connait on de l’historique, du poids social, des difficultés économiques, du secret permanent autour des résultats. Rien. L’entreprise libérée communique à l’excès et ne donne pourtant aucune information vérifiable.
  3. la démagogie ou l’agitation de vieilles rengaines que l’on nomme aujourd’hui disruptives (Lean, 2.0, décloisonnement…), en opposition à ce qui s’est toujours fait… 
  4. l’enfermement des dirigeants avec quelques coachs et consultants volontairement très éloignés du terrain, du métier. Des stratégies de communication, de relais sur les plateformes les plus exposées (TedX, différents forums, conférences de renom, parution dans des ouvrages applaudis…) sont mises au point. La visibilité de ces interventions pourrait faire tourner la tête aux ambitieux qui souhaitent se détourner de leur entreprise, s’en libérer… Cela aliment évidemment des perspectives de business pour nos consultants en mal d’affaires.
  5. Un discours bien rodé, les mêmes arguments, les mêmes techniques, les mêmes effets, les mêmes mots, les mêmes silences, les mêmes trémolos dans la voix… que ce soit sur scène ou bien en visite « libre » de l’une de ces entreprises. Les scientologes ne font pas mieux sur cette maîtrise.

Nous avons eu des interventions de "philosophes" auto-proclamés (le terme est vraiment à mettre entre guillements) brillants orateurs qui accompagnent les dirigeants d’entreprise à transformer leur jouet. Je ne sais pas si mes dirigeants de l’époque ont suivi ses séminaires, mais ils ont suivi des sessions de développement personnel avant d’entamer la transformation radicale de l’entreprise. Le coaching peut être une redoutable machine à manipuler.

Ce qui me parait très important de mentionner, c’est que l’ensemble de la communauté des consultants, des coaches et experts qui applaudissent l’entreprise libérée est complice de cette formidable usine à maltraitance psychologique. Rassurés par l’existence d’un modèle disruptif, ils se jettent aveuglément sur le concept pour en devenir des portes paroles auto proclamés, des experts. À part quelques récalcitrants éjectés par ce système,  personne aujourd’hui ne connait véritablement le côté obscur de cette machinerie à uniformiser, à se libérer de la vraie compétence : celle que font nos personnalités et l’unicité de nos personnes.

J’entends souvent parler de changement de paradigme… mais de quoi parle t’on ? Y a t’il un changement de paradigme dans les lois auxquelles obéissent les entreprises ? Les lois du travail ? De la finance ? L’aspect juridique ? Évoquer le changement de paradigme quand les finalités de l’entreprise ne sont pas remises en cause, c’est de la fumisterie. Sommes nous certains qu’un fond d’investissement présent à 50% dans le capital d’une entreprise libérée se contente de mauvais résultas et d’un sourire figé de l’ensemble du personnel restant de l’entreprise ? 

Ne l’oublions pas, la théorie des groupes le dit : sans remise en cause de la finalité du groupe, alors le « changement" au sein de ce même groupe s’expose à l’invariance du résultat.. En revanche, au niveau du groupe, et notamment des individus de ce groupe, le changement est brutal, anxiogène et parfaitement déstabilisant.

J’ai constaté des changements de comportements radicaux chez mes dirigeants en très peu de temps (3 à 6 mois), des attitudes de fuite systématique, de non confrontation. J’ai constaté que la seule personne qui se soit véritablement libérée de l’entreprise, c’est celle qui n’est plus dans l’entreprise et qui préfère donner des conférences. « on ne le voit jamais, en quoi ses conférences servent elles l’entreprise ? », c’est ce que me disait un ouvrier franchement licencié d’une entreprise libérée à propos de son patron conférencier libertaire…

Master MRH

Master Management des Ressources Humaines de Lille

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