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L'entreprise libérée, quoi de neuf ?

Par Hubert LANDIER

Il m’a fallu me faire une raison : le must en matière de management est « l’entreprise libérée ». Suit la question fatale : suis-je pour ou contre l’entreprise libérée ? Ma réponse est la suivante : qu’est ce que ça apporte par rapport à ce qui a déjà été dit cent fois ? Bien sûr, je pense que les gens dans l’entreprise doivent prendre des initiatives, dès lors qu’ils sont compétents pour cela. Bien sûr, je suis contre les contrôles tatillons, les procédures inutiles, les ordres et contre-ordres dénués de sens. Bien sûr, je pense que les gens sont soucieux, au moins la plupart d’entre eux, de bien faire. 

 

Cela étant dit, je ne vois pas bien ce que l’entreprise libérée » apporte de plus par rapport à ce que Hervé Serieyx a appelé « l’entreprise du troisième type » (1983), aux principes que Peter Senge a présenté sous le nom de « Cinquième discipline » (1990) ou, si vous permettez, ce que j’ai moi-même appelé « l’entreprise intelligente » (1992). Il y a aussi la pyramide inversée aujourd’hui attribuée au chef d’entreprise indien Vineet Nayar alors qu’elle a été mise sur le marché en 1985 par Jan Karlzon, alors PDG de SAS. 

Le diagnostic a donc été fait et refait. « L’entreprise libérée » représente par conséquent l’expression d’un mouvement de mode. Les modes, en matière de management, présentent les caractéristiques suivantes :

  • elles sont portées par une expression heureuse, un livre, une émission de télé, quelques entreprises illustratives, et se présentent comme une révolution par rapport à tout ce qui a précédé ;
  • elles répondent à une préoccupation légitime : en finir avec des procédés à juste titre perçus comme archaïques et dont le maintien est perçu négativement par ceux et celles qui les vivent dans leur environnement de travail ; c’est pourquoi elles suscitent un enthousiasme généreux ; cet enthousiasme est indépendant de leur degré de sérieux ;
  • après avoir assuré à leur auteur bon nombre de conférences et d’interviews, elles tombent vite dans l’oubli et laissent rapidement place à la mode suivante ; c’est ainsi que les idées développées il y a trente ans reviennent dans le circuit, soit sous une formulation identique (la « pyramide inversée »), dont on a souvent oublié l’initiateur, soit sous une formulation légèrement différente (c’est le cas de l’entreprise libérée).

Revenons à l’entreprise libérée. Le succès de l’expression (à défaut pour celle-ci d’exprimer un concept) est de suggérer qu’il faut se libérer de l’entreprise telle que celle-ci est, pour certains, devenue insupportable. On va donc imaginer ce que serait l’entreprise idéale et essayer d’en trouver quelques spécimens, en France ou ailleurs dans le monde. Reste à savoir si ce sont des réussites durables. Ce n’est pas toujours le cas parce que beaucoup d’autres facteurs interviennent dans le destin de l’entreprise. L’expérience de cas dont j’ai naguère chanté les louanges m’incite aujourd’hui à quelque prudence.

Par ailleurs, le succès et le bonheur au travail sont-ils seulement une question de bon management (pardon : « d’excellence dans le management ») ? Je serais tenté de répondre : oui, en grande partie. Mais la qualité du management est elle-même fonction d’une part des finalités au service desquelles il est pratiqué, d’autre part des attentes des uns et des autres - et il s’agit là d’un tout autre problème.

Hubert Landier

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