Au delà des problèmes qui seront éventuellement causés par l'épidémie de Grippe H1N1 au travers de l'absentéisme qu'elle risque de déclencher, la communication à outrance sur cette nouvelle peur induit de nouvelles formes de relation à l'autre... Pour preuve, ce petit billet, proposé par Olivier BARON, qui tel une tranche de vie montre les évolutions de nos comportements ...
Pour nous, gens de province (lille), un déplacement à Paris, même s’il devient habituel, reste toujours une aventure excitante. En ce qui me concerne, je ne me lasse pas de regarder, avec étonnement, la vie parisienne. Le voyage en TGV est rapide. Les voyageurs ont à peine le temps d’allumer leurs ordinateurs sur lequel ils tapent frénétiquement jusqu’à la dernière minute de peur d’oublier la dernière phrase de leur ouvrage. D’autres préfèrent dormir et ne se réveillent que pour la pause pipi avant la sortie du train. Des groupes parlent à mi voix des affaires de leur entreprise ou de leur famille ce qui donne une occupation à la dernière catégorie de voyageurs qui écoute ceux là et essaie de comprendre les conversations. Chacun est à la fois tous.
Après ce voyage d’une heure, on arrive à la gare du nord et là, on est ailleurs. Jeudi dernier, parisien pour l’après midi, je me suis retrouvé dans le métro. Enfin, le RER. Le RER, c’est comme le métro, moins typique certainement, plus grand et sombre, plus rapide mais aussi sale. Je préfère le métro. Les stations RER ont aussi une ambiance particulière, différente de celle des stations de métro classique. Leur odeur est remarquable des autres stations mais tout aussi désagréable. Elle mêle la sueur à l’odeur métallique des rames.
Toujours est il qu’assis dans la rame de RER, station Châtelet Les Halles, je faisais face aux personnes habituées. Tous les clichés étaient là, du jeune avec un survêtement trop grand, un MP3 sur les oreilles et une casquette au dessus à la vieille dame aux cheveux blancs et au cabas vichy.
Il y avait aussi quelques bureaucrates avec leurs serviettes lisant un journal gratuit ou le Monde. Un monsieur noir d’environ 40 ans est assis en face à moi (mais à plus de 2 mètres, je vous rassure). Anonyme parmi les anonymes, il porte une veste de tweed usagée et un pantalon noir fatigué. Sa chemise pastel bleue vient égayer l’allure générale mais ne lui donne pas un caractère particulier. Cet homme est habitué de passer inaperçu.
Soudain, il éternue. Les autres se retournent. Il est gêné et regarde autour de lui. Les regards fuient. Il éternue de nouveau. Il sort un mouchoir de sa poche, se mouche doucement mais éternue encore. Les autres se redressent et le fixent avec un regard interrogateur. Il se sent manifestement visé et je pense voir une crainte dans son regard. Il est mal à l’aise. Il détourne la tête vers la fenêtre. Il éternue encore mais cette fois, il a pris la précaution de le faire dans sa manche comme le recommande le clip télévisuel asséné ces derniers jours ! Il est affolé de voir les autres se tourner vers lui avec, parfois des regards agressifs. Que vont-ils faire ? Les regards se croisent. La vielle dame le fixe d’un œil tueur. Le jeune n’a rien entendu mais voyant les têtes tournées, il suit le mouvement. Les bureaucrates font une analyse de la situation. On les voit hésiter tout en craignant la contagion. Peut être par le stress, il éternue encore. C’en est fini. Son voisin se lève et va s’installer un peu plus loin. Avec compassion, les voyageurs soutiennent du regard ce voisin malheureux mais ne s’approchent pas de lui. Arrive la station suivante.
Gare du Nord. Notre éternueur se lève. Plusieurs passagers se préparent également à sortir. Par prudence, ils se tiennent largement à l’écart de notre homme qui tranquillement de la rame sous le regard désapprobateur des autres. Ce monsieur a dû être mal pendant le voyage. Peut être avait il la fameuse grippe dont on dit qu’elle est très contagieuse mais peu virulente. Peut être a-t-il simplement eu une crise d’éternuement et n’est il pas touché par le virus « trapu » de la grippe. On ne saura jamais. Ce qui m’a frappé, c’est le climat qui se crée. Ce climat, je l’ai retrouvé dans le train. En effet, au retour de ce voyage, alerté par cette aventure, j’ai été plus attentif.
Et bien, remarquez le la prochaine fois que vous prendrez le train. Les gens qui éternuent, toussent ou se mouchent dans le train le font désormais dans l’inquiétude. Ils regardent autour d’eux à la recherche du regard des autres. Ils ne trouveront que des regards interrogateurs, dans le meilleur des cas…
Olivier BARON est Directeur du GIP SANTEXCEL
Commentaires
Alors qu'il semble que cette grippe ne soit pas particulièremen t forte, mais qu'elle se propage facilement et rapidement, nous assistons depuis ces dernières années à la multiplication de peurs sanitaires (grippe aviaire l'an passé, peste porcine, etc...). On pourrait discuter longuement sur le bien-fondé et la justesse des communications réalisées à cette occasion, mais il semble que cela commence véritablement a agir sur nos comportements sociaux, faudra-t-il supprimer ou interdire les bonjours que l'on va dire aux collègues le matin (comme préconisé dans certains plans de continuité en entreprise), porter des masques, interdire les réunions de travail ?, développer le télétravail ...
Les conséquences de cette nouvelle peur de la grande peste seront certainement à identifier et à analyser ... surtout si en définitive l'impact de cette grippe s'avère moins important que prévu.
Bravo.
S’abonner au flux RSS pour les commentaires de cet article.