Leadership, faire croître les talents...

Extrait de la Newsletter N°5

Émergence d’un leadership spirituel

Aujourd’hui, le leadership relève du collectif. Un leader le devient en fonction des opportunités et des circonstances et se doit d’élever l’ensemble des collaborateurs. 

La France manque de leaders et voit de plus en plus sa position se dégrader au niveau international ? Pour Alain Le Bagousse, directeur des partenariats stratégiques au sein du cabinet Right Management, l’une des raisons est la compétitivité accrue des pays émergents dont la population est nettement supérieure. « Nos écoles restent d’un bon niveau mais ne forment pas assez de leaders par rapport à l’étendue du business dans le monde », déclare-t-il. 

Alors comment nos leaders peuvent-ils affronter les nouveaux enjeux de la mondialisation ? Ont-ils la capacité de se remettre en question pour comprendre les besoins des autres cultures et les embarquer dans des dynamiques communes ? Nos élites arriveront-elles à se détacher de leur mode de pensée franco-français ? Alain Le Bagousse reste optimiste : « Les cadres chinois viennent se former chez nous. Nous devons jouer aujourd’hui dans un environnement mondial et s’internationaliser. Les Français doivent développer leur esprit de compétition, cette culture d’envie de gagner omniprésente en Chine ou au Japon, même chez les enfants. » 

 

Se réinventer

La France peut être un petit pays de par sa taille ou le nombre de sa population, comparé à d’autres territoires, mais elle peut continuer à exporter et valoriser son savoir-faire si elle arrive à changer de stratégie et à se poser les bonnes questions. Philippe Gaud le souligne (voir son interview) : il faut arrêter de vouloir exporter ses paquebots mais plutôt promouvoir les PME innovantes qui contribuent à la richesse actuelle d’une France moderne et dynamique. Les méthodes anciennes ne marchent plus et sont révolues. Nos façons de penser également. Les Français doivent se remettre en question dans leur manière de voir le monde et cesser le nombrilisme. Les méthodes rationnelles et éprouvées aujourd’hui doivent être dépassées. Rien n’est plus acquis et il faut se battre, réinventer de nouvelles façons de faire.  

Révéler les autres

Pour Sébastien Le Gal, maître de conférences en sciences de gestion et responsable du master management des RH au sein de l’université de Bretagne-Sud, les leaders apparaissent aujourd’hui dans les zones du monde dans lesquelles se développent les projets. C’est le territoire qui révèle les talents. Pour lui, même si l’image de la France se dégrade et son leadership est de plus en plus menacé, elle reste un pays attractif et important en matière de R&D. 

Il souligne, comme beaucoup d’experts, que le management est à bout de souffle dans un monde de plus en plus incertain. « Les menaces et les opportunités émergent rapidement, insiste-t-il. Les entreprises doivent par conséquent être de plus en plus réactives. Les leaders recherchés sont ceux qui ont une bonne capacité d’analyse et qui sont capables de fédérer. Ils doivent avoir une bonne compréhension des enjeux de l’organisation, comprendre la stratégie de l’entreprise et donner du sens à l’action, notamment en mettant en évidence les valeurs partagées. On demande aujourd’hui aux leaders de permettre aux uns et aux autres de se révéler. »

Catherine Voynet-Fourboul, directrice du Master Executive du CIFFOP, témoigne : « Le leadership est train de se substituer à la GRH. Nous n’excellons pas dans le domaine et n’avons pas su former des dirigeants capables de devenir des leaders. Aujourd’hui, il existe plusieurs courants en matière de leadership. Le leadership transactionnel permet de gérer les échanges en fonction des besoins. Le leadership transformationnel qui implique toutes les personnes qui suivent. Enfin, est apparu plus récemment un troisième courant dit spirituel qui se découpe en un alignement vertical autour de l’authenticité et les valeurs partagées, et un alignement horizontal qui place le leader au service des autres. » Les trois courants peuvent se retrouver au sein d’une même entreprise. 

Les enjeux liés au leadership ont été décelés depuis environ trois ans. Le leadership spirituel est apparu pour lutter contre les situations difficiles, toxiques et génératrices de stress et de montée des risques psychosociaux. Catherine Voynet-Fourboul développe : « Au niveau des organisations, les choses sont devenues difficiles car il y a beaucoup de contraintes. La bienveillance convient à la rationalité française pour permettre un alignement horizontal aux autres. Elle induit un travail en équipe plus performant. Aujourd’hui, les compétences se sont accrues et on assiste à l’avènement d’une société dans laquelle plusieurs talents peuvent contribuer à son évolution. Par ailleurs, les moyens de communication, tels que les réseaux sociaux, s’étant développés, il est plus facile de rassembler l’ensemble des potentiels dont un projet ou une organisation a besoin. Les moyens traditionnels du leadership sont devenus obsolètes pour valoriser l’ensemble des individus qui participent à une œuvre commune. » Ce nouveau leadership, tourné vers la spiritualité, est apparu il y a une dizaine d’années dans le monde, suite aux travaux de Marshall B. Rosenberg. 

Faire croître les talents

Le leadership est très lié à la notion de développement des talents. La GRH a dû développer l’accompagnement et le mentorat pour révéler les potentiels. Les leaders qui peu à peu émergent sont plus atypiques puisqu’ils le sont en fonction des besoins et des circonstances et s’inscrivent dans une certaine fluidité. Le leadership deviendrait-il peu à peu un leadership d’opportunité porté par l’empathie et les circonstances ? Selon Catherine Voynet-Fourboul, les programmes de développement du leadership développent des répertoires d’actions possibles et se fondent sur l’accompagnement individuel pour révéler et développer les capacités d’écoute et d’empathie. Le bon leader doit par conséquent être doté d’intelligence émotionnelle. Le Ciffop Executive organise même un séminaire intitulé Leadership with care, basé sur des études de cas. Le but est de travailler sur la notion de passage du leadership pour les cadres et les entrepreneurs. Comment fait-on pour gérer des situations difficiles, par exemple pour s’imposer vis-à-vis de son patron ou de collègues rivaux ? Prendre des décisions difficiles peut conduire à l’échec et il faut non seulement accuser le coup mais conserver des postures vertueuses et authentiques. Dans les années 90,  Richard Barrett développe un modèle à sept niveaux qui s’appuie sur la conscience de valeurs afin d’exercer son leadership. La dimension collective aux besoins de l’être humain se révèle ainsi dans la force de l’équipe, l’ouverture vers les autres et l’intelligence collective. Le but étant de bâtir une organisation visionnaire portée par un sens commun. C’est pourquoi il est important pour l’entreprise qu’elle travaille sur son registre de valeurs et le communique à l’ensemble de ses collaborateurs. 

Le nouveau leadership permet à n’importe quel collaborateur d’apporter sa pierre à l’édifice. En fonction des situations et opportunités, il prendra les commandes. Cela implique pour les organisations qu’il devient urgent de réinventer le management. Il est temps pour les DRH de faire leur révolution culturelle.

Christel Lambolez

 

Master MRH

Master Management des Ressources Humaines de Lille

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