USA : Les partis pris

Par Charles KRAMER

Question ouverte, à laquelle il est facile de proposer des réponses péremptoires. Les politiques se prononcent plus hardiment que les sociologues pour interpréter la diversité des positions qui s’expriment aux États-Unis, quitte à formuler des affirmations simplistes, gratuites mais non sans vraisemblance. Des convictions idéologiques orientent les actions des dirigeants. Il est indiqué de se préoccuper de leur algorithme.

Explorons des notions qui inspirent certains partis pris, et pas uniquement outre-Atlantique, où  des témoignages explicites sont sans équivoque.

Conservateurs  Républicains

Selon Ralph Kenyion, observateur critique des conservateurs républicains, leurs convictions se déclinent aisément. Quel serait leur credo ? Un profil  esquissé dans la veine d’un Daumier, illustre leurs points de vue. D’après ce chercheur, pour nombre d’électeurs du parti:

1. Le destin des individus dépend uniquement d’eux-mêmes.

2. Seules les affaires offrent des moyens de réussir.  Le business prime toute autre voie de succès.

3. Si quelqu’un ne réussit pas, c’est qu’il ne fait pas ce qui est nécessaire, qu’il n’est pas assez actif. 

4. Les personnes doivent être libres d’agir en fonction de leurs désirs pour réussir sans rencontrer d’obstacles « arbitraires », contraires à la libre concurrence.

5. La loi et l’ordre public existent pour imposer la conformité aux valeurs conservatrices, limitant les débats et proscrivant contestations et  protestations.

6. Protéger les comportements chers aux conservateurs (conservative way of life) contre toute influence étrangère est indispensable.

Le programme républicain  radical impose logiquement de prendre des mesures corrélatives:

1. Réduire les attributions des pouvoirs publics, car les Autorités politiques font « artificiellement » obstacle au déploiement des capacités individuelles.

2. Accroître la puissance militaire – Dans l’alternative " beurre ou canons", les Républicains convaincus prennent position en faveur des canons, assurant le maintien d’un genre de vie traditionnel, ledit « conservative way of life ».

3. Étoffer les forces de police -  La criminalité nuit au business: il faut la réprimer et réduire les contrôles des procédés policiers pour que les défenseurs de l’ordre puissent faire leur travail comme ils le jugent bon.

4. Réduire les réglementations. – Elles imposent des contraintes qui nuisent aux affaires et entravent le succès de gens capables. Il est urgent de fortement les élaguer.

5. Restreindre les programmes sociaux.  C’est aux individus de prendre leur destinée en mains, les mesures d’aide sociale ne répondent nullement à la nécessité.

6. Diminuer l’impôt. – Tous les prélèvements fiscaux font obstacle au progrès des individus vers la réussite. Il importe de les éliminer systématiquement.

7. Détaxer les hauts revenus – Plus on travaille pour s’enrichir, plus on mérite d’être récompensé. Ne jamais brimer les plus riches.

8. Laisser les personnes réussir ou échouer selon leurs propres mérites (si elles ne parviennent pas à percer, qu’elles en supportent les conséquences).

9. Minimiser l’aide sociale - ("Si quelqu’un ne sait pas satisfaire ses besoins, c’est seulement de sa faute").

QUI PRÉDOMINE? 

Richard Reeves, chercheur au Brookings Institute de Washington, s’est penché sur l’origine et la répartition  des avantages considérables dont jouissent environ 20 pour cent des mieux placés de plus de 325 millions de citoyens des États-Unis d’Amérique.

Dans « Dream hoarders » (2017),  l’auteur décrit le groupe national qui cumule des positions sociales élevées, des revenus stables, des diplômes délivrés par les écoles  les plus coûteuses. Les familles concernées  possèdent des habitations cossues situées dans les beaux quartiers. Leurs propriétés sont tenues à l’abri  des risques élevés de criminalité.

«Dream hoarders», selon diverses traductions, l'expression désigne les accapareurs du rêve américain, ceux qui se réservent les rêves qui sont hors de portée d’autrui (Cf James Truslow Adams:« Le rêve américain ? Habiter une demeure décente dans un quartier agréable, de bonnes écoles pour nos enfants, des revenus croissant régulièrement et économiser suffisamment d’argent pour  s’assurer une retraite confortable »).

De fait, qui appartient à la classe moyenne supérieure états-unienne parvient à distancer,  durablement et à tous égards, la majorité de ses concitoyens. Pourquoi une réussite assurée fait-elle problème aux yeux de contemporains critiques et d’analystes contestataires? Á supposer que cela soit effectivement le cas, que faire à ce sujet ? Tels sont les principaux thèmes que l’analyste aborde dans son livre très documenté.

D’après Reeves, les privilégiés en question - dont il admet faire partie avec ses proches - ont pour la plupart bénéficié de leur appartenance à un milieu bien loti  qui s’est consacré à leur procurer les moyens utiles au maintien du statut élevé dont bénéficient aussi leurs proches, parents et alliés. Tous disposent d’atouts exclusifs:

Des ressources substantielles; des réseaux de relations influentes ; des condisciples fréquentés dans des établissements d’enseignement huppés ; des stages professionnels et des postes recherchés s’obtiennent grâce aux faveurs consenties à leurs mentors; des legs familiaux aux universités assurent l’admission à des institutions réputées, qui garantissent l’obtention de diplômes qui font prime sur le marché de l’emploi. De puissants appuis et des conseils ne font jamais défaut, moyennant échanges de faveurs et  financements appréciés d’établissements de renom;

Bref, un entourage averti veille à ce que soit  épargné aux rejetons  du milieu protecteur qui est le leur, l’affrontement de difficultés auxquelles les moins bien placés, et relativement moins nantis, doivent faire front.

Ce ne serait pas uniquement en vertu d’un niveau économique pérenne, bien au-dessus de la moyenne,  mais aussi compte-tenu d’autres critères dont les filiations, les origines sociales,  les antécédents honorables, les qualifications professionnelles reconnues, les conformités comportementales, les affiliations dont les obédiences confessionnelles et les allégeances à des  groupements éminents, sans omettre l’appartenance à des communautés soudées et solidaires. Il est des noms, des parentés et des adresses facilement identifiables qui distinguent  du vulgus pecum.

Anglais naturalisé américain, R. Reeves n’oublie pas qu’au Royaume-Uni les distinctions de classe sont traditionnellement rigides et bien marquées. Ce qui compte ? C’est la façon de s’exprimer, l’accent distinctif, l’école fréquentée ainsi que la façon de se tenir à table. Aux États-Unis, constate-t-il, l’illusion d’une société sans classes est  plus répandue.  Elle ne résiste pourtant pas au contact des réalités vécues.

Á son avis, une série de mesures législatives serait souhaitable pour corriger certaines des inégalités préjudiciables à l’ensemble de la société.  Le chercheur préconise en particulier de réformer  en profondeur l’accès à l’éducation, aux formations et aux opportunités d’emploi. Il prône l’élargissement de la protection sanitaire, les assurances sociales étendues à tout élément de la population qui en est dépourvu, etc.

Si tant est que cela soit acceptable par une forte proportion des électeurs et leurs représentants officiels, on peut douter que des dispositions de ce type soient suffisantes pour que les détenteurs des biens les plus appréciables renoncent volontairement à une quelconque partie de leurs privilèges en faveur d’un bien commun mieux réparti.

Fiscalité

Des économistes dont Paul Krugman, lauréat du prix Nobel, lancent l’alerte sans que la majorité des parlementaires actuels lui accorde crédit, bien au contraire :

Le projet fiscal des conservateurs républicains ne s’emploie pas seulement à éliminer toute trace des dispositions prises sous le Président Obama. Il reprend et élargit les orientations du Président Reagan et de ses successeurs républicains conçues pour procéder à la dérégulation des finances, du commerce et de l’économie.

Le secteur privé entend en retirer grand bénéfice; les banques n’ont guère souffert des répercussions de leurs activités contestables des années récentes, elles ont été sauvées du naufrage par les pouvoirs publics; l’immobilier a récupéré sans bourse délier des habitations détenues à crédit par nombre de citoyens brutalement délogés fusse au mépris de leurs droits légaux ; les assurances sociales sont menacées de coupes sévères affectant des millions de cotisants ; entretemps, les multinationales américaines ont considérablement prospéré; Les valeurs boursières sont considérablement en hausse ; les endettements individuels durables pour frais de scolarité ont crû dans de fortes proportions ; les investisseurs étrangers sont dorénavant susceptibles de disposer de conditions encore plus favorables ; la négation des changements climatiques conduit à encourager la surexploitation des énergies fossiles dont le « fracking »,  la fracturation hydraulique, dislocation ciblée de formations géologiques peu perméables, au détriment de l’équilibre écologique ; les exemptions fiscales pour constitution de retraites sont en voie d’être réduites ;  les tarifs des visite de parcs nationaux publics sont destinés à être substantiellement relevés jusqu’à 170% des taux actuels ; rejet brutal d’immigrants etc.

Des réductions d’impôts sont en passe d’être réservées aux plus hauts revenus et aux bénéfices des entreprises alors que les salaires continuent à stagner et que les plus-values dégagées par les firmes n’ont cessé de progresser. Dans ce contexte, les contestations intestines sont destinées à s’envenimer, car un certain nombre d’autorités locales se refusent à emboîter le pas aux législateurs majoritaires et aux représentants  du pouvoir fédéral central.

Á moins d’une conversion radicale et massive de forces politiques dédiées à la défense de l’intérêt général, comment concevoir  une amélioration des conditions d’existence des contribuables aux ressources proportionnellement plus faibles ? Tels sont les principaux sujets que l’analyste aborde dans son livre fort documenté.

Les membres informés des classes conservatrices supérieures prendront-il à temps des initiatives sérieuses pour contrecarrer les dérives inquiétantes en sa propre faveur  de la nomenklatura au pouvoir et  de sa clientèle? Les prochaines années le révéleront

Documentation

  • James Truslow Adams (2001) « The Epic of America » Simon publications
  • Laurie Abraham (2017) interview de Richard V.  Reeves «Dream hoarders » revue Elle USA 21 juin.
  • David Brooks (2017) « The Week Trump Won » New York Times 26 octobre.   
  • Ralph Kenyon Jr (2017)  «American Ideology - Conservatism vs liberal » ; http://www.xenodochy.org/pod/index.html.   
  • Naomi Klein (2017) « Il ne suffit pas de dire non». Sous-titre : « Contre la stratégie du choc de Trump » ; Version originale « No Is Not Enough »  Haymarket Books, USA ; Actes Sud, France.
  • Paul  Krugman (2017) « Trump’s $700 Billion Gift to Wealthy Foreigners » New York Times  26 octobre; (2017) «Leprechaun Economics and Neo-Lafferism » New York Times  8 novembre.
  • David Leonhardt, Stuart A. Thompson (2017) «Pre-Trump vs. Post-Trump: How Americans Feel » New York Times 8 novembre.
  • Richard V. Reeves (2017) «Dream hoarders. How the American Upper Middle Class Is Leaving Everyone Else in the Dust, Why That Is a Problem, and What to Do about It»  (ISBN 978-0815729129)»  Brookings Institute, Washington.
  • Niro Sivanathan, Hemant Kakkar  (2017) «Explaining the Global Rise of “Dominance”Leadership» Scientific American, 14 novembre

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Master Management des Ressources Humaines de Lille

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