La fin de l'illusion

Le travail change, le travail évolue ... souvent sous l’impulsion de nouveaux usages portés par des techniques ou technologies. Ces changements, qu’ils soient subis ou choisis, impliquent généralement davantage d’autonomie pour les personnes (peut on encore parler de collaborateurs ?) et de souplesse pour les entreprises. L’intérêt pour ces nouvelles formes d’organisation du travail est le résultat de phénomènes qui se renforcent mutuellement, entre autres :

  • Une situation économique tendue, avec un chômage de masse, qui invite à repenser les éléments constitutifs de la performance
  • L’affaiblissement des collectifs de travail
  • L’individualisation des besoins (notamment en terme de reconnaissance) et
  • les idéaux démocratiques qu’ils sous-tendent.
  • La perméabilité croissante entre sphère professionnelle et sphère personnelle

Face à ces mouvements de fond, qui dessinent quelques tendances durables, les expériences pour reconcevoir l’entreprise, le management et le rapport au travail sont nombreuses. Portée par une culture « start-up » l’entreprise libérée fait, dans les médias tout du moins, la course en tête. Mais cette mode fait-elle tout ou partie de la solution aux enjeux de l’entreprise du futur ?

 

« L’entreprise libérée », à supposer qu’elle puisse être définie, répond aux caractéristiques suivantes : chacun des salariés, se fondant sur un projet commun auquel il adhère, sait ce qu’il a à faire dans le cadre de sa fonction sans qu’il soit nécessaire de lui en donner l’ordre et d’en contrôler ensuite l’exécution. Il suffit pour cela que les dirigeants sachent lui faire confiance. Pour alléchant qu’il soit un tel programme suscite toutefois toute une série d’observations vous trouverez ici, regroupés les positions de quelques observateurs avertis.

Le collectif des MECREANTS (Mettre l’Entreprise face au Changement avec Réalisme, par l’Echange et l’Analyse des Nouvelles Tendan- ces sans Storytelling) s’est structuré spontanément sur les réseaux sociaux. Il est constitué de différents experts, principalement issus de la sphère de l’observation et de la veille sociale. Nous ne sommes pas coachs (sauf un) et ne faisons pas commerce de notre position face à l’entreprise libérée. Nous n’avons rien à vous vendre, mais a donner. Donner un esprit critique, une logique dépassant les fausses évidences et les solutions simplistes. Tout n’est pas à prendre, tout est à délibérer. Au delà des valeurs partagées, de cette volonté de mettre en débat l’entreprise de demain, les MECREANTS font la synthèse d’expériences opérationnelles, de conseil et parfois de recherche opérationnelle. Ils sont ici cités avec leurs seuls domaines d’expertise

  • Vincent BERTHELOT, Observation Sociale, Relations Sociales, Marketing RH
  • Patrick BOUVARD, Philosophe
  • Philippe CANONNE, DRH, Stratégie & Prospective
  • Eric DELAVALLEE, Organisation
  • Pierre DENIER, Accompagnement, «libéré d’une entreprise libérée»
  • François GEUZE, Observation Sociale, Relations Sociales, SIRH
  • Hubert LANDIER, Relations Sociales
  • Loïc Le MORLEC, Supply Chain & Organisation
  • Denis MONNEUSE, Sociologue, auteur du «Silence des Cadres»
  • André PERRET, Ressources Humaines
  • Martin RICHER, Responsabilité Sociale de l’Entreprise
  • Anaïs VICTOR, Technologies de l’Information & Méthodes Agiles, «libérée d’une entreprise libérée»
  • Victor WAKNINE, Performance économique et sociale des organisations

Dans le présent recueil, nous avons également Denis BISMUTH, qui n’est pas à proprement parler un MECREANTS, mais l’un des trop ra- res observateurs de cette mode managériale faisant le pont entre partisans et détracteurs. Sa présence est pour nous importante, car l’entreprise délibérée se fera aussi avec les tenants de l’entreprise libérée.

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  • Invité - ANDRIEUX

    Je crois que François Geuze résume bien les choses en fin de page 17 en disant que :

    "Si vous êtes un ardent défenseur de l’entreprise libérée, passez votre chemin car cet article risque particulièrement de vous ulcérer. Il vous sera facile de dire que je n’y connais rien et je veux bien en convenir en partie car, ayant cherché à découvrir ce qu’est l’entreprise libérée, j’ai posé de nombreuses questions, restées à ce jour sans réponses satisfaisantes."

    Il est navrant de prétendre débattre en excluant du débat les autres points de vue et en ne retenant que des citations outrancières pour en lancer d'autres.

    Une simple suggestion : un stage en entreprise dans un rôle opérationnel serait bénéfique à bien des penseurs de même qu'une expérience de travail dans un pays autre que la France donne du recul par rapport à nos institutions de pouvoir. Je crois fermement qu'on ouvre l'esprit à exécuter des tâches autrement encore faut il en faire vraiment l'expérience dans son être et son savoir être.
    Je ne suis qu'un bisounours mais fier de l'être
    Claude ANDRIEUX

  • Il est en effet navrant de réduire les arguments étayés et reposant sur de nombreux audits, de nombreuses analyses et études comme vous le faites.

    L'absence de débat est regrettable, mais le caractère fuyant et polymorphe de cette mode (je me refuse à qualifier cela de philosophie car une philosophie que l'on soit d'accord ou pas avec elle est construite sur la réflexion et l'analyse des faits, ce que n'est pas l'EL et je dis bien polymorphe puisque maintenant les professionnels RH en deviennent des rouages essentiels après avoir été des parasites ou qu'à tout le moins se sont exprimé des positions je cite IG : "ma démarche est Anti-RH") ainsi que la radicalité de ses initiateurs ont empêché la tenue du débat (nous restons toujours disponible, quoique ...)

    Je vous conseille la lecture de l'éditorial de l'Expansion management review intitulé vive les mécréants et le récent article dans management : Entreprise Libérée, vie et mort d'une tocade, inclus dans "pour en finir avec les concepts qui font pschiitt" peut être comprendrez vous ce qui vous a échappé jusqu'à présent et qu'au delà de nom expérience d'Auditeur social j'ai pu constater au quotidien en tant que DRH et manager en France et à l'étranger. Je ne suis pas un bisounours, mais loin de chercher à endormir mon prochain, notre mission est de réveiller les consciences ...

  • Merci pour ce livre blanc. Il semble apporter une vision réaliste du monde de l'entreprise d'aujourd'hui. Je n'ai pas encore pris le temps de le lire intégralement mais j'apprécie la thématique abordée et l'intervention de véritables professionnels pour traiter cette thématique.

  • Le phénomène des entreprises libérées est une mythologie en état d'explosion. C'est en tout cas de cette façon que pourrait la considérer Roland Barthes. Sa durée de vie sera donc brève mais elle a le mérite de poser des questions essentielles sur les relations managériales qui règnent dans les organisations.

    Déjà en 1988, Matsushita alors PDG du groupe Panasonic nous avait alerté sur le caractère désuet de nos relations de travail marquée par une idéologie de classe qui remonte au moyen âge. La dimension excentrique voire hystérique du phénomène exprimée est à la hauteur de l'aliénation vécue par les acteurs.

    Même si ce concept comprend beaucoup d'ambiguïtés, il est porteur d'une réelle volonté de changement. Celle - ci est inévitable compte tenu à la fois des transformations de la figure d'autorité dans la société et de la nécessité de mobiliser la créativité des salariés dans les organisations pour développer une forme différente de compétitivité.

    Le phénomène des entreprises libérées est porteur certes d'illusion mais il est l'expression d'un rêve de transformation. C'est déjà quelque chose ! On ne peut donc pas le condamner de façon systématique mais tenter d'en comprendre la dimension symbolique. C'est ce que nous tentons de faire dans les colonnes du Web magazine "Les 4 Temps du Management". .

    En tout cas c'est aussi une belle controverse qui réveille les esprits encore sous l'emprise du modèle des 50 glorieuses.

  • Bonjour Jean Claude et merci pour ce commentaire. J'y souscris tout à fait. Même si je rajouterais quelques éléments quant à sa réelle motivation. D'une certaine manière la mode de l'entreprise libérée est la première mode managériale à laquelle nous avons à faire face depuis l'avénement et la montée en puissance des réseaux sociaux. Réseaux sociaux qui ne sont que des miroirs et loupes grossissantes des réels phénomènes. La saturation médiatique, l'illusion de la "vague de fond" s'explique en grande partie par la magie du buzz, par effet d'entrainement, par la simultanéité et la rapide obsolescence de la denrée "communication". Ceci nous conduit à quelques travers :

    - Des centaines d'articles, produits dans une pure logique marketing (produit ou marque employeur), qui tournent en boucle de manière virale, qui ne disent rien, rien de plus que ce qu'Isaac Getz a déjà dit dans son livre.
    - Des informations reprises en boucle, qui deviennent par effet barnum une vérité incontestable que plus personne ne remet en cause et qui donnent un semblant de légitimité à la démarche (cf les 11% de personnes engagées sans que l'on donne la moindre définition de ce qu'est l'engagement, de comment ce chiffre à été calculé, etc ... alors que d'autres études indiquent 84 % - cf : DRH développez vos compétences de fact-checking).
    - Une globalisation des situations entre PME et Grandes Groupes, alors que tout le monde sait que les contextes sont radicalement différents.
    - Quelques raccourcis rapides en mode storytelling sur l'encadrement désinvolte et méprisants (regardez les quelques vidéos d'Isaac Getz lorsqu'il singe le manager lorsque sa collaboratrice sort du bureau) alors que les enquêtes montrent clairement que ces profils ne sont qu'une infime minorité.

    Il ne s'agit pas de condamner, mais bien d'alerter sur les dérives de cette mode et du fait qu'elle soit par certains érigée en dogme. D'autant que si l'on se donne pour ambition de faire rêver les collaborateurs avec des discours bisounours, il faut faire attention au réveil. l'effet boomerang est la... nombre d'entreprises ayant expérimenté la chose s'en mordent les doigts aujourd'hui ...

    A bientôt sur les 4 temps du management ...

  • Bravo et merci pour ce livre blanc reflétant votre approche de #MECREANTS. Elle a le mérite de nous ouvrir la réflexion et de favoriser l'expression de notre libre arbitre. Je vous rejoins, l'entreprise libérée est loin d'être un paradis et seul le temps et l'expérience montreront les régulations nécessaires à cette tentative d'évolution du système managérial. Toutefois si cette nouvelle vision a retenu autant l'attention c'est bien qu'elle doit répondre à un besoin actuel. Il semble évident devant l’engouement suscité par ce modèle que nos habitudes managériales doivent évoluées pour répondre aux nouveaux besoins des collaborateurs. Le mouvement est lancé qu'il passe par la libération pourquoi pas, sachant que rarement un prototype (même organisationnel) est performant du premier coup. C'est un essai et comme tel il est perfectible. A nous de décider si on participe à sa construction ou si on le rejette. La question devient alors : "puisque l'évolution de gouvernance est incontournable qu'elle autre piste suivre?". Ce n'est peut être pas uniquement notre modèle managérial qu'il faut faire évoluer mais la stratégie d'entreprise. D'une stratégie basée sur les "arts de la guerre" de Sun Tzu passé à une stratégie basée sur l'Oéan bleu de W. Chan Kim et Renée Mauborgne, chercheurs au Blue Ocean Strategy Institute à l'INSEAD. Passer d'un contexte concurrentiel amenant des comportements de méfiance et d'affrontement à un contexte d'alliance amenant des comportements de confiance et de collaboration. En un mot passer du mode protection à un mode construction, favoriser des cadres d'autonomie "sécures" dans lesquels ont peut exprimer sa créativité. On peut toujours rêver....

    à Aix-en-Provence, France

Master MRH

Master Management des Ressources Humaines de Lille

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